DAY 4

Day 4

Hey ! Listen !

S’il y a bien quelque chose qui m’a toujours fasciné chez l’être humain, c’est bien l’instinct de survie. Ce petit recoin de notre cervelet qui nous pousse à toujours repousser nos limites dans le but de ne pas clamser.
Malheureusement, plus le temps passe, moins le besoin d’utiliser cet instinct se fait ressentir. Il est vrai que dans notre société actuelle, nous sommes rarement confrontés à des situations qui pourraient mettre en péril notre vie… (mis à part peut-être le fait de regarder TF1, chose qui peut gravement endommager votre système névralgique).
Non, vraiment, à moins que vous ne soyez perdus en plein Antarctique, sans vivres et sans matériel, je ne vois pas…

Ah mais ça alors, ça tombe bien que vous me parliez d’Antarctique, c’est justement le sujet d’aujourd’hui. (J’ai conscience de la médiocrité de ma transition mais je vous promets que ce n’est pas faute d’avoir cherché autre chose).

L’EXPÉDITION ENDURANCE

Endurance Boot

« Cherche hommes pour voyage incertain, petits gages, froid rigoureux, longs mois de nuit complète, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès. »

 C’est avec ses mots parus dans plusieurs journaux un beau matin de janvier 1914 (le 1er pour être exact) qu’Ernest Shackleton, débuta son aventure épique à travers les glaces. La légende veut qu’il ait reçu plus de 5’000 réponses positives à son annonce (d’ailleurs j’attends toujours ma réponse, bonhomme).

Après avoir réalisé de nombreuses collectes de fonds (auprès de l’Etat et du peuple) à travers son pays, l’Angleterre, Ernest Shackleton pu acheter deux bateaux (l’Endurance, un gigantesque voilier, et l’Aurora, un voilier à vapeur) afin de réaliser son rêve : être le premier homme à traverser le continent Antarctique (pour ceux qui peinent un peu en géo, l’Antarctique c’est le gros truc blanc en bas de la terre).

Voilà à quoi devait ressembler la trajectoire de l’expédition :

Plan

Je dis bien DEVAIT car vous pensez bien que tout ne s’est pas déroulé comme prévu, sinon j’en ferais pas un article.

Étant donné que la qualité de la carte n’est pas extraordinaire (j’ai rien trouvé d’autre), voici un petit résumé du trajet :
L’Endurance, dont l’équipage au complet se constituait de 14 hommes et 69 chiens, devait partir de la mer de Weddell (en haut de la map) et traverser le continent afin d’arriver à la Mer de Ross (en bas de la map), soit parcourir une distance de 2’900 kilomètres. Le tout en effectuant plusieurs travaux scientifiques dont je ne vais pas parler car je n’ai moi-même pas tout pigé.
L’Aurora quant à lui avait le rôle de réapprovisionner les points stratégiques en nourriture et en matériel. Il devait partir de la Mer de Ross et remonter jusqu’au glacier Beardmore (soit à peut près au centre de la map).

Au début de l’expédition, tout se passait pour le mieux, les conditions étaient certes extrêmes mais les navigateurs avaient prévu le coup. Cependant, peu à peu, des murailles de glace de plus de 30 mètres se placèrent sur leur passage, ce qui n’est pas très pratique pour naviguer (et je m’y connais en navigation, j’ai moi-même fait Marseille – Ajaccio en paquebot, c’était pas facile tous les jours, l’eau du jacuzzi n’était pas toujours à bonne température, mais j’ai survécu tant bien que mal).

Le 19 janvier 1915, ce qui devait arriver arriva (j’adore cette phrase), l’Endurance resta bloqué par la glace. Durant plusieurs heures, les matelots tentèrent de dégager le navire, mais en vain.

J’ai réussi à mettre la main sur quelques clichés originaux du bateau pris par les glaces (prises par Frank Hurley le photographe de l’équipage).

Endurance Snowmen

Endurance Blackpearl

Piochage de glace

Cependant, sur cette dernière, quelque chose a attiré mon œil aiguisé. A première vue, on voit des marins tentant désespérément de libérer leur bateau de l’emprise de la glace. Cependant, j’ai remarqué qu’en zoomant un peu, un détail saute aux yeux… (attention scoop).

King Ice

ENCORE UN COUP DU ROI DES GLACES !

Un peu de sérieux.
Pendant plus d’une semaine après l’immobilisation, Shackleton refusa de quitter le navire, pensant dur comme fer (ou plutôt dur comme glace ! LOL !) que cette dernière allait bien céder un jour ou l’autre sous le poids du voilier. Idée qui ne fut pas des plus judicieuses étant donné qu’un beau matin d’octobre 1915, la coque du bateau céda sous la pression de la glace, laissant l’eau s’infiltrer dans la coque (et comme dit le proverbe : quand ta coque s’effrite au beau milieu de l’Antarctique, vaut mieux fermer boutique).
Durant plus de 3 jours, les navigateurs pompèrent l’eau dans l’espoir de… (dans quel espoir ?) mais ce fut à nouveau l’échec qui sonna à leur porte (ce qui m’amène à la question du jour : y’a-t-il une sonnette sur les bateaux ?).
Le 28 octobre, le bateau coula, laissant son équipage quasiment sans vivres ni matériel, le tout ayant sombré avec le navire.

Endurance Fail

Commence alors l’une des histoires de survie les plus dingues dans l’histoire des histoires de survie les plus dingues des histoires de survie les plus dingues. Shackleton et ses hommes se retrouvèrent au beau milieu de la banquise, par -25 degrés, avec comme seuls compagnons 69 chiens de traîneaux. Chiens qui, en passant, ne firent pas long feu (la nourriture se faisant rare…).

Shackleton eu dans l’idée d’emmener son équipage sur l’île Paulet (il sait qu’une équipe Suédoise y avait monté un refuge 14 années plus tôt), seul problème, il ne sait pas trop où ils sont (la dérive du bateau ayant chamboulé tous les repères), il estime donc la distance à 450km (allez, on est plus à ça près). Après moultes tentatives, il comprit que la traversée en traîneaux serait impossible (c’est à ce moment qu’ils ont bouffé les chiens). Ils campèrent sur la banquise pendant plus de 2 mois dans l’espoir que cette dernière dérive en direction de l’île, mais sans grand succès là non plus.

A ce moment là, ils se retrouvèrent sans chien, sans bateau (seuls 3 petits canots de sauvetage ont été sauvés… des canots sauvés… canoception !) et avec comme seules provisions huit morceaux de sucre et un demi biscuit par matelots. Autant dire que c’était pas la grande bouffe. Shackletonvoyant la banquise se fissurer petit à petit sous ses pieds, ordonna à l’équipage de sauter dans les canots et de naviguer jusqu’à la terre la plus proche.
Après 5 jours et 5 nuits de voyage (toujours par -20 degrés) ils finirent par atteindre l’île de l’Éléphant (qui, à ma grande déception, n’a même pas la forme d’un éléphant).
Personne ne sait comment ces 14 gars ont réussi à tous sortir vivants de ce voyage, sans nourriture ni eau… (la légende veut que quelques malheureux petits phoques aient croisé leur chemin…).

Sealiest

« À minuit, j’étais au gouvernail. Soudain, vers le sud, m’apparut une ligne claire dans le ciel. J’en prévins les autres ; puis, après un instant, je compris que la clarté en question n’était pas un reflet dans les nuages, mais la crête blanche d’une énorme vague ! »
– Franck Worsley

Le seul problème avec l’île de l’Éléphant (en plus d’avoir un nom trompeur… trompe… éléphant…si vous saviez à quel point je me retiens pour ce jeu de mots), c’est qu’il n’y a absolument rien. L’île est très loin des routes maritimes en plus d’être totalement hostile (sans aucune faune ni flore). Et ça c’est pas de bol pour nos matelots.
Shackleton pris donc la décision de partir à contre-courant en direction de la Géorgie du Sud, son dernier espoir. Il embarqua à bord du canot le plus robuste (le James Caird)  avec 5 de ses hommes, les plus robustes eux aussi (les autres restent sur l’île de l’Éléphant, là où il n’y a… rien).

Après plus de 2 semaines en mer, le James Caird finit par débarquer dans la baie du roi Haakon (au Sud de la Géorgie). Mais le voyage ne s’arrête pas là pour autant. Quand j’ai dit que c’était une des histoires de survie les plus dingues dans l’histoire des histoires de survie les plus dingues des histoires de survie les plus dingues, c’était pas pour batifoler.

2

Arrivé en Géorgie, Shackleton laissa 3 de ses hommes sur place (trop épuisés, mauviettes), il marcha pendant 36 heures à travers des montagnes dignes de celles dans Skyrim (ce gars était un putain de cyborg, impossible autrement) jusqu’à arriver à une station baleinière, où il put envoyer des secours pour ses hommes restés dans la baie du roi Haakon et sur l’île de l’Éléphant (qui, je le rappelle, ne ressemble même pas à un éléphant).

Voilà, j’ai découvert cette histoire récemment et j’ai été assez sur le cul de voir la volonté de vivre qu’on eu ces hommes (sachant qu’ils ont tous survécus). Cette épopée eu droit à de nombreux livres en son honneur, donc un best-seller dès sa sortie :  L’Odyssée de l’Endurance, écrit par Shackleton lui-même.

Petite anecdote pour la route : Shackleton, ultra soucieux du bien-être de son équipage, donna ses gants au photographe de l’équipe (ce gland les avaient perdus) pour qu’il puisse continuer à « mettre des images sur cette aventure ». Shackleton y laissa plusieurs de ses doigts, gangrenés par le froid.

Deuxième petite anecdote pour la route : Faute d’avoir de la colle, ils ont dû utiliser du sang de phoque pour colmater les brèches du James Caird (ne me demandez pas comment). Et ça c’est plutôt la classe.

Troisième petite anecdote pour la route : les gars restés sur l’île de l’Éléphant en attendant le retour de Shackleton y sont restés tout de même 145 jours…

Bravo, grand Monsieur Shackleton.

Shackleton

Vale Iuvenes !

Sources Wikipédia (encore et toujours…)
Sources 2 : Omnilogie
Sources 3 : Paulillsley (pour les photos)